Le Veau d’or

Les versets en question

[7:148-150]

Et le peuple de Moïse adopta après lui un veau, fait de leurs parures : un corps qui semblait mugir. N'ont-ils pas vu qu'il ne leur parlait point et qu'il ne les guidait sur aucun chemin ? Ils l'adoptèrent [comme divinité], et ils étaient des injustes.

Et quand ils éprouvèrent des regrets, et qu'ils virent qu'ils étaient bel et bien égarés, ils dirent : «Si notre Seigneur ne nous fait pas miséricorde et ne nous pardonne pas, nous serons très certainement du nombre des perdants».

Et lorsque Moïse retourna à son peuple, fâché, attristé, il dit : «Vous avez très mal agi pendant mon absence ! Avez-vous voulu hâter le commandement de votre Seigneur ? » Il jeta les tablettes et prit la tête de son frère, en la tirant à lui : «Ô fils de ma mère, (dit Aaron), le peuple m'a traité en faible, et peu s'en est fallu qu'ils ne me tuent. Ne fais donc pas que les ennemis se réjouissent à mes dépens, et ne m'assigne pas la compagnie des gens injustes».

[20:90-91]

Certes, Aaron leur avait bien auparavant : «Ô mon peuple, vous êtes tombés dans la tentation (à cause du veau). Or, c'est le Tout Miséricordieux qui est vraiment votre Seigneur. Suivez-moi donc et obéissez à mon commandement». Ils dirent : «Nous continuerons à y être attachés, jusqu'à ce que Moïse retourne vers nous».

Accusation

Au verset 7:149 on nous dit que le peuple de Moïse cessa d'adorer le veau d'or avant que Moïse ne redescende du mont Sinaï tandis qu'au verset 20:91, le peuple de Moïse ne se repent qu'après le retour de Moïse.

Réponse

Il n'y a aucune contradiction. Rien n'indique que les événements racontés au verset 149 surviennent avant le verset 150. Lisez par vous-même. Il semble que ceux qui crient à la contradiction oublient la première partie des deux versets qui dit : et quand.

. En fait, les versets 149 et 150 commencent avec "Walammâ" qui implique une action parallèle. Donc, ces deux actions se produisent indépendamment l'une de l'autre car l'adverbe ne sous-entend pas un notion de continuité ou suite comme "Fa" ou "Thumma" dans certains contextes. Une fois de plus, cette accusation de contradiction est fausse. 

Exemple avec deux propositions :

1) Et quand (Walammâ) mes copains virent qu'ils avaient fait une bêtise, ils commencèrent à éprouver des regrets

2) Et quand (Walammâ) le professeur retourna en classe il fut fâché.

Nous voyons bien que les deux propositions sont indépendantes l'une de l'autre et que la deuxième ne se produit pas nécessairement après la première. Il se peut bien évidemment que les écoliers comprirent leur erreur avant que le professeur n'entre dans la classe, de même qu'il se peut qu'ils commencèrent à éprouver des regrets que quand le professeur entra en classe. La construction grammaticale de la phrase ne permet pas d'être catégorique. En dépit de toute autre information complémentaire, nous ne pouvons donc dire avec certitude quelle action se passe avant l'autre. Ainsi il en est de même avec  les versets 149 et 150 qui sont simultanés. Il n'y a donc aucune contradiction entre les passages coraniques.

De plus les récits coraniques se complètent et nous permettent de choisir la bonne hypothèse, il faut donc lire tous les passages traitant de la question.

[20 :83-98]

“Pourquoi Moïse t'es-tu hâté de quitter ton peuple ?” Ils sont là sur mes traces, dit Moïse. Et je me suis hâté vers Toi, Seigneur, afin que Tu sois satisfait. Allah dit : “Nous avons mis ton peuple à l'épreuve après ton départ. Et le Samiri les a égarés” . Moïse retourna donc vers son peuple, courroucé et chagriné; il dit : "Ô mon peuple, votre Seigneur ne vous a t-Il pas déjà fait une belle promesse ? L'alliance a-t-elle donc été trop longue pour vous ? ou avez-vous désiré que la colère de votre Seigneur s'abatte sur vous, pour avoir trahi votre engagement envers moi ? 

”nous fûmes chargés de fardeaux d'ornements du peuple (de Pharaon); nous les avons donc jetés (sur le feu) tout comme le Samiri les a lancés. Puis il en a fait sortir pour eux un veau, un corps à mugissement. Et ils ont dit : “C'est votre divinité et la divinité de Moïse; il a donc oublié” ! Quoi ! Ne voyaient-ils pas qu'il [le veau] ne leur rendait aucune parole et qu'il ne possédait aucun moyen de leur nuire ou de leur faire du bien ? 

Certes, Aaron leur avait bien auparavant : "Ô mon peuple, vous êtes tombés dans la tentation (à cause du veau). Or, c'est le Tout Miséricordieux qui est vraiment votre Seigneur. Suivez-moi donc et obéissez à mon commandement”. Ils dirent : “Nous continuerons à y être attachés, jusqu'à ce que Moïse retourne vers nous”.

Alors [Moïse] dit : “Qu'est-ce qui t'a empêché, Aaron, quand tu les as vus s'égarer de me suivre ? As-tu donc désobéi à mon commandement ? ” 

[Aaron] dit : “ô fils de ma mère, ne me prends ni par la barbe ni par la tête. Je craignais que tu ne dises : “Tu as divisé les enfants d'Israël et tu n'as pas observé mes ordres”. 

Alors [Moïse] dit : “Quel a été ton dessein ? ô Samiri ? ” Il dit : “J'ai vu ce qu'ils n'ont pas vu : j'ai donc pris une poignée de la trace de l'Envoyé ; puis, je l'ai lancée. Voilà ce que mon âme m'a suggéré”.

“Va-t-en, dit [Moïse]. Dans la vie, tu auras à dire (à tout le monde) : “Ne me touchez pas ! ” Et il y aura pour toi un rendez-vous que tu ne pourras manquer. Regarde ta divinité que tu as adorée avec assiduité. Nous la brûlerons certes, et ensuite, nous disperserons [sa cendre] dans les flots. En vérité, votre seul Dieu est Allah en dehors de qui il n'y a point de divinité. De Sa science Il embrasse tout.

Ce récit suggère bien que leur repentir est intervenu lorsque Moise (as) est revenu et ils ont détruit le veau qu'en présence de Moise (as) pas avant. Les passages coraniques ne se contredisent donc pas.

Encore une autre passage prouvant ce point de vue :

[2 :51-54]

Et [rappelez-vous], lorsque Nous donnâmes rendez-vous à Moïse pendant quarante nuits ! .. Puis en son absence vous avez pris le Veau pour idole alors que vous étiez injustes (à l'égard de vous mêmes en adorant autre qu'Allah). Mais en dépit de cela Nous vous pardonnâmes, afin que vous reconnaissiez (Nos bienfaits à votre égard). Et [rappelez-vous], lorsque Nous avons donné à Moïse le Livre et le Discernement afin que vous soyez guidés.

Et [rappelez-vous], lorsque Moïse dit à son peuple : "Ô mon peuple, certes vous vous êtes fait du tort à vous-mêmes en prenant le Veau pour idole. Revenez donc à votre Créateur; puis, tuez donc les coupables vous-mêmes: ce serait mieux pour vous, auprès de votre Créateur” ! ... C'est ainsi qu'Il agréa votre repentir; car c'est Lui, certes, le Repentant et le Miséricordieux !

Donc leur repentance s'est effectuée au moment où Moise (as) est revenu et pas avant.