Les "Miracles"

2/. LES CROISADES :

e) Les "Miracles". 

On vivait alors en des temps d'analphabétisme qui rendaient les pseudo "miracles" très aisés. Il est remarquable que depuis la généralisation de notre alphabétisation les faiseurs de "miracles" à la pèle sont en grève... à moins qu'ils ne boudent notre "incroyance" ? Mais en ces temps-là on voyait constamment à la tête de nos armées des Saints montés sur de beaux chevaux blancs (dans le camp adverse c'était Muhammad en personne que l'on voyait également à cheval un peu trop souvent). On voyait également d'autres Saints qui donnaient des conseils lors de ces visions.

Il y eut en particulier un de ces visionnaires, un nommé Pierre Bartholomé qui, comme ça, par hasard "miraculeux", justement au moment où l'on en avait besoin, jouit des faveurs d'une "apparition" céleste. C'était au moment où l'ennemi était menaçant lors du siège d'Antioche et que les Croisés devenus amorphes avaient besoin qu'on leur remonte le moral. Saint André se serait présenté à lui (pourquoi à lui qui était plus truand que les autres), pour lui révéler l'emplacement de la Cathédrale de Saint Pierre où était enterrée la pointe métallique de la lance, avec laquelle un soldat romain, onze siècles auparavant, aurait percé le Corps du Christ crucifié. Ajoutons à cela que la même Lance était gardée au même moment comme Relique à Constantinople. Cela n'a cependant pas empêché nos Croisés de la "trouver" à l'endroit indiqué par "Saint André".

Adhémar, croyant sincère, s'était refusé de faire crédit aux dires de ce "visionnaire". Tout lui paraissait suspect dans cette "apparition" dont l'inspiration terrestre était flagrante de par les buts pratiques du moins qu'elle poursuivait. Tout y était minutieusement inspiré, jusqu'à l'ordre exprès de ne pas s'arrêter à piller le camp ennemi, contrairement aux Us et Coutumes. C'était là une précaution prudente qui avait des raisons stratégiques plutôt que célestes : il fallait pouvoir poursuivre les assiégeants, une fois vaincus ; le pillage aurait été une faute militaire qui aurait gêné les opérations d'anéantissement. Un stratège que ce "Saint André" ! Une autre inspiration télécommandée était l'ordre de faire pénitence pour l'expiation des péchés, avant la sortie contre les assiégeants. C'est qu'on manquait terriblement de vivres ! Kio-Kio Pietre, dit Pierre L'Hermite, avait eu aussi sa petite vision-maison :

Citation:

"Une nuit, il crut entendre en songe Jésus Christ lui dire : 'Debout Pierre, et hâte-toi ! je serai avec toi ; car il est temps de purger les Lieux Saints et de secourir mes serviteurs."(1)

Ce ne fut pas un Saint quelconque qui rendit visite à Kio-Kio Pietre, ce fut le Christ en personne. Il faudrait beaucoup de place pour raconter tous ces "miracles". Des "miracles" comme celui où, durant une bataille en Cilicie, nombreux étaient les combattants qui avaient vu une armée de "Chevaliers célestes" conduits par St. André, St. Démètre et St. Georges combattant aux cotés des Croisés, étaient très fréquents. Les Musulmans n'étaient d'ailleurs pas en reste en matière d'aide céleste : ils ont souvent vu Muhammad combattre à la tête de leurs armées. Parmi ces miracles il y en a aussi de véritables : pour les chrétiens, Anatole France a montré par exemple, dans sa "Vie de Jeanne D'Arc", combien était sincère la Pucelle d'Orléans. Quant à accorder un crédit à un Kio-Kio Pietre ou à un Bartholomé...

Le "bon Dieu" n'envoya pas des renforts célestes aux croisés seulement contre les "Infidèles". Il fit des "miracles" pour les aider même contre d'autres chrétiens, les "schismatiques de Byzance". Quarante "témoins oculaires" auraient vu l'Ange qui planta la Bannière de Saint Marc des Vénitiens sur la Tour de Galata à Constantinople durant la quatrième croisade, dirigée cette fois-ci exclusivement contre d'autres chrétiens.

BASILE Y.

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1/. Henri Martin, HISTOIRE DE FRANCE, tome I., page 163.

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