Partie4 : Réponses aux justifications chrétiennes

IV. Réponses aux justifications chrétiennes

Face à cette vérité de la falsification des manuscrits du nouveau testament, une vérité qui dérange et menace sérieusement la croyance en l’inspiration divine du N.T, les chrétiens essayent de se justifier en affirmant que ces variantes de lecture, fruits de la modification accidentelle et intentionnelle du texte néotestamentaire, bien que nombreuses, ne touchent pas aux points doctrinaux du christianisme.

En d’autres termes, les dogmes chrétiens ne sont pas touchés par ces variantes de lecture fruits de la falsification du texte néotestamentaire.

Frederic G. Kenyon, dans son célèbre livre « Our Bible and the ancient manuscripts », après avoir exposé les différents types de falsification des manuscrits du Nouveau Testament et les différentes variantes de lecture affirme :

« Les erreurs textuels ne mettent pas en danger les doctrines chrétiennes. Un mot d’avertissement, déjà mentionné mais qui doit être mis en relief en conclusion : Aucune doctrine fondamentale de la foi chrétienne ne repose sur un passage suspect. » (« Our Bible and the ancient manuscripts » by Frederic G. Kenyon, London 1895, pp 10)

Il y a deux remarques à faire sur ce genre de propos. La première est que la bible n’est pas infaillible. S’il y a des erreurs textuelles dans la bible, qu’elles touchent ou pas aux doctrines centrales du christianisme, c’est que la Bible n’est pas authentique à 100%. Ainsi le dogme de l’infaillibilité de la Bible si cher à plusieurs groupes chrétiens vole en éclat…

La Bible contient donc des falsifications, mais qui selon certains, ne touchent pas aux dogmes fondamentaux du christianisme. Il n’en demeure pas moins que la Bible contient bien des falsifications !

La deuxième remarque est qu’il est absolument faux de dire que les variantes textuelles ne remettent pas en cause les dogmes chrétiens et qu’elles sont sans importance. A ce sujet Bart Erhman nous dit :

«  On m’a souvent objecté (surtout parmi les évangéliques conservateur) que toute doctrine chrétienne importante ne serait être affectée par quelque variante textuelle que ce soit.

À cela je répondrais ce qui suit :

a/ Il est tous simplement faux de prétendre que les doctrines importantes ne sont pas concernées. Exemple : Dans tous le Nouveau Testament, le seul passage ou l’on expose  clairement la doctrine de la Trinité se trouve dans la traduction du Roi Jacques (1Jean 5 :7-8) ; On ne la trouve pas dans la majorité des manuscrits grecs du Nouveau Testament. Tout porte à croire pourtant que la Trinité est une doctrine chrétienne assez importante...

c/  Mais surtout, certaine variantes textuelles sont effectivement très importantes, mais pour des raisons autres, qui ne concernent pas les ‘doctrines cardinales du christianisme’.

1/ Certaines variantes affectent la manière d’interpréter des livres entier du Nouveau Testament. Prenons quelques-unes d’entres elles seulement dans l’évangile de Luc, par exemple. D’abord, Luc indique-t-il que jésus souffre en allant à la mort ou qu’il est calme et parfaitement contenu ? Cela dépend entièrement de ce qu’on fait de la variante qui se trouve chez Luc 22 :43-44, où Jésus sue à grosse goûte, comme des goûtes de sang, juste avant son arrestation. Si l’on intègre ces versets comme dans certains manuscrits, il est évident que Jésus souffre. Mais si on les retire, la souffrance disparaît, dans ce passage et partout ailleurs dans le récit de la passion selon Luc, Comme on l’a vu plus haut quand on a remarqué que Luc a supprimé toutes les références de Marc sur les souffrances et les doutes ultimes de Jésus. Deuxièmement, Luc entend-il que la mort de Jésus représente l’expiation des péchés ? Cela dépend de ce que l’on fait avec Luc 22 :19-20… Je dirais que tous cela est d’une certaine importance à moins de penser que la version de Luc sur le sujet ne compte pas vraiment.

2/ Certaines variantes (y compris celles dont on vient de parler) sont terriblement importantes pour savoir ce que l’on racontait sur Jésus du temps des premiers chrétiens. Jésus a-t-il rencontré la femme adultère et ses accusateurs et leur a-t-il déclaré : ‘Que celui d’entre vous qui n’a jamais pécher lui jette la première pierre’ tandis qu’en s’adressant à elle, quand ceux qui l’accusent se sont retirés, il dit : ‘Moi n’en plus je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus’ ? Cela dépend du manuscrit de Jean que l’on lit. Après sa résurrection Jésus affirme-t-il à ses disciples que ceux qui croient en lui pourront prendre des serpents dans leurs mains et boire un poison fatal sans risquer la mort ? Cela dépend du manuscrit de Marc que l’on a entre les mains.

d/ Enfin, je dois avouer ne pas croire les chrétiens évangéliques conservateurs quand ils prétendent que les variantes textuelles dans le Nouveau Testament n’ont aucune importance. Si c’était le cas, pourquoi certains séminaire conservateur comme celui de Dallas (dirigé par l’un des critique les plus virulents en la matière) et le séminaire théologique baptiste de la Nouvelle Orléans finances-t-ils des projets de recherche de plusieurs millions de dollars pour analyser les manuscrits grecs du Nouveau Testament ? Si les variantes entre les manuscrits ne comptent pas, pourquoi les étudie-t-on ? Si elles sont totalement insignifiantes, pourquoi consacrer toute sa carrière à les examiner ? Si elles sont si négligeables, pourquoi dépenser des millions de dollar pour faire des recherches ? Quel sont les arguments de ces universitaires quand ils demandent des fonds pour leur projet : ‘Nous aimerions que vous investissiez 500 000 dollar pour nous permettre d’étudier certains manuscrits du Nouveau Testament parce que nous pensons qu’ils n’ont vraiment aucune importance’ ?

Il est évident, à mon avis, que les manuscrits sont effectivement importants. Ils influencent la manière d’interpréter le nouveau Testament ; Ils comptent pour connaître le Jésus historique ; ils comptent pour connaître l’histoire de l’Eglise chrétienne après la mort de jésus. Si on prétend le contraire, c’est sans doute qu’on veut se duper soit même ou essayer de rassurer ceux qui pourrait être troublés par les faits historiques. » (Bart Ehrman ; « La Construction de Jésus : aux sources de la religion chrétienne », H&O éditions, 2010, pp 250 à 254) 

Je suis entièrement d’accord avec la dernière phrase de Bart Ehrman « Si on prétend le contraire, c’est sans doute qu’on veut se duper soit même ou essayer de rassurer ceux qui pourrait être troublés par les faits historiques. ».

En effet, les chrétiens qui prétendent que les variantes textuelles sont sans importance cherchent d’abord à se mentir à eux même, mais surtout à éviter que les chrétiens, ‘faibles dans la foi’ selon eux, quittent les bancs de l’église et aillent voir ailleurs.

L’hypocrisie de ces théologiens conservateurs atteint son comble quand après avoir affirmé que ces variantes n’ont aucune importance, eux même dépensent des millions de dollars, collectés grâce aux dons des généreux fidèles, dans l’étude des variantes textuelles pour tenter de trouver la lecture originale de tel ou tel passage…

SUITE : CONCLUSION